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26 octobre 2026

« Il se passe quelque chose » : David Lisnard comme sous-entendu

Il se passe quelque chose dans la communication politique. En quelques jours, l’expression « Il se passe quelque chose », appliquée à David Lisnard, s’est répandue en ligne comme une traînée de poudre. Le phénomène viral, qui concerne avant tout les réseaux sociaux, n’est pas passé inaperçu des médias comme en témoignent ces quelques titres :

Apparue sur X début octobre dans un tweet d’un partisan du maire de Cannes et candidat à l’élection présidentielle de 2027, l’expression a été reprise avec une fréquence croissante. Elle pourrait rappeler le thème « something is happening out there » largement utilisé dans la communication de Nigel Farage au Royaume-Uni depuis la mi-2024. Cependant, pour Farage, ce « something » est un rejet de la classe politique par les électeurs. Dans le cas de David Lisnard, il s’agit plutôt d’un mouvement en faveur du candidat lui-même.

Capture d'écran LeJDD

En raison de sa faveur sur les réseaux sociaux, « il se passe quelque chose » est parfois désigné comme un « mème » – élément de langage reconnaissable et transmis par répétition d'un individu à d’autres. D’autres y voient un slogan, bien qu’un slogan soit d’ordinaire plus explicite afin de promouvoir une idée, une personne, une action, un produit, etc. On peut parler aussi de leitmotiv, de « formule » au sens donné à ce mot par Alice Krieg-Planque, etc. Ce n’est pas une petite phrase.

Quoique... Une petite phrase met en présence l’ethos de son auteur et le pathos du public destinataire autour d’un logos, quelques mots contenant un sous-entendu compris de part et d’autre. Ici, en l’absence d’orateur, il y a tout de même un ethos, qui se confond avec le logos : derrière « il se passe quelque chose », le public visé entend « David Lisnard, candidat en pleine progression ».

Mais à quel point ce public existe-t-il ? À quel point le phénomène est-il fabriqué ? Après le premier tweet du 4 octobre, le hashtag #IlSePasseQuelqueChose apparaît dès le lendemain. C’est apparemment une moquerie d’un adversaire, mais il est aussitôt repris par Nouvelle Énergie puis par David Lisnard lui-même (« Ne perdez plus de temps à essayer de me convaincre : je vais voter pour moi. #ilsepassequelquechose »). Le site web https://www.il-se-passe-quelque-chose.fr/, qui s’affirme indépendant du candidat et de son parti, Nouvelle Énergie, mais vise à mesurer sa dynamique semaine par semaine est lancé le 8 octobre.

Nicolas Vanderbiest, fondateur de Saper Vedere et du ReputatioLab, a étudié en détail le phénomène « Il se passe quelque chose » sur les réseaux sociaux. Il constate à partir du 29 septembre une montée en flèche des abonnés de David Lisnard sur X, puis sur Instagram et TikTok. Le hashtag #ilsepassequelquechose, devenu viral, est repris largement au-delà des partisans de Nouvelle Énergie (on lui oppose parfois #ilsepassequedalle) et dans des groupes non politiques. Dans ce mouvement, on ne distingue pratiquement pas de tricherie, de comptes achetés, d’astroturfing, etc. « Alors oui, conclut Nicolas Vanderbiest, il se passe quelque chose autour de David Lisnard. Des gens le découvrent, le lisent, le regardent. Mais […] la campagne est encore longue, et les urnes sont un autre sujet. »

M.L.S.

10 février 2019

L’Académie française hésite entre deux conceptions de la petite phrase

L’Académie française a mis en ligne cette semaine le nouveau site de son Dictionnaire. On peut y consulter la huitième édition de l’ouvrage (parue en 1932-1935) et la neuvième édition, qui s’arrête pour l’instant au début de la lettre S – exactement au mot Sabéisme – ainsi que de nombreux documents utiles, le tout sous une présentation claire et sobre. Bravo !

J’ai déjà dit mon admiration pour la définition élégante et audacieuse de la locution « petite phrase » proposée par l’Académie à l’article « phrase » : « formule concise qui, sous des dehors anodins, vise à marquer les esprits »[1]. On la retrouve telle quelle dans la version en ligne.

Hélas on y retrouve aussi une version un peu différente glissée parmi les exemples relatifs à l’adjectif « petit » : « phrase concise qui, sous des dehors anodins, vise à marquer les esprits ». Dans cette définition, la petite phrase n’est donc qu’une phrase et non une « formule », celle-ci étant définie par l’Académie comme, entre autres, une « expression condensée, nette et frappante ». Rien de plus cohérent.

Mais surtout, l’exemple « petite phrase » figure sous cette définition de l’adjectif « petit » : « Dont l’intensité, la force, la qualité est moindre que la moyenne ». Considérer comme faible en intensité, en force et/ou en qualité une phrase qui « vise à marquer les esprits », n’est-ce pas en faire un oxymore ?

Heureusement, l’Académie française procédant par ordre alphabétique, sa définition du mot « phrase » doit être postérieure à celle du mot « petit ». Il est juste dommage que cette définition plus récente n’ait pas été rétropolée (un mot que le Dictionnaire ignore encore à ce jour) sur la plus ancienne.

Michel Le Séac’h



[1] Voir Michel Le Séac’h, La Petite prase, Paris, Eyrolles, 2009, p. 129-130 et sur ce blog « Petite phrase : la définition magistrale de l’Académie française », http://www.phrasitude.fr/2015/07/petite-phrase-la-definition-magistrale.html