Dimanche 30 août, Dominique de Villepin était interrogé par Guillaume Daret sur BFMTV. La première question du journaliste porte sur l’immigration. Dominique de Villepin répond : « Permettez-moi de commencer par le début »... et parle de la sécheresse, de la canicule et des incendies, puis des taux d’intérêt. Il ne se montre pas exactement disposé à jouer le jeu de l’interview ! Aussi, quand une vingtaine de minutes plus tard Guillaume Daret l’invite à se prêter à la séquence rituelle « Plutôt... plutôt » et lui demande s’il préfère Manon Aubry ou Bernard Arnault, il est modérément étonnant qu’il préfère rompre la joute d’emblée.
Et il le fait avec cette formule étrange : « J’ai pas mis ce matin ma petite culotte de chou pour me faire brouter le derrière par les petits lapins ». Elle remporte un énorme succès sur les réseaux sociaux, parfois assortie de commentaires élogieux tout aussi étonnants : « Il est fort », « Quel sens de la répartie »...
Dominique de Villepin avait déjà utilisée cette petite phrase presque à l’identique il y a quatorze ans. Lors d’une visite au Salon de l’Agriculture le 2 mars 2012, il avait déclaré, rapportait alors Le Monde : « Je n'ai pas mis ma culotte de chou pour me faire brouter le derrière par les petits lapins ! » À la recherche des origines de cette expression, Libération est même remonté plus loin, jusqu’à la finale du jeu télévisé Intervilles en 1997. Contestant l’arbitrage, le maire de Mont-de-Marsan se serait exclamé, par allusion à l’une des épreuves de l’émission : « Nous ne sommes pas venus ici en culottes de chou nous faire brouter le cul par des lapins ». La formule aurait perduré dans les milieux du rugby.
Quelle que soit l’origine réelle de la phrase, pourquoi Dominique de Villepin l’a-t-il prononcée à l’écran, au cours d’une émission largement regardée ? Aurait-il répondu ce qui lui passait par la tête pour éluder une question inattendue ? L’hypothèse n’est guère envisageable. La question n’était pas inattendue mais au contraire hautement prévisible. En tout état de cause, l’ancien Premier ministre, vieux routier de la politique, était de taille à articuler une réponse tenant la route. Il faut supposer que sa sortie est délibérée.
En septembre 2000, mis en cause dans une affaire immobilière, le président Jacques Chirac s’était refusé à une question de France 3 en répondant, : « Je suis indigné. […] On rapporte une histoire abracadabrantesque... »(1) La manœuvre de diversion avait réussi : les commentaires s’étaient focalisés sur ce mot inhabituel. Mais la question posée par Guillaume Daret à Dominique de Villepin ne mettait nullement ce dernier en cause. Et d’ailleurs Dominique Villepin y répond implicitement par la suite.
L’ancien Premier ministre aurait-il cherché à agir sur son ethos, la réputation de son personnage public ? On voit mal en quoi sa « petite culotte de chou » pourrait le rendre davantage présidentiable. En définitive, il semble probable qu’elle répondait à un simple besoin de notoriété. Redevenu un personnage obscur hors des milieux politiques et médiatiques, Dominique de Villepin cherche à faire parler de lui.
M.L.S.
(1) Voir Michel Le Séac’h, La Petite phrase, Eyrolles, Paris 2015, p. 83.
Illustration : copie d’écran BFMTV

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