mercredi 2 septembre 2015

« Fuite d’eau » (quater) : l’inondation de Gentiloni

Au mois de juin, on s’en souvient, Nicolas Sarkozy a suscité un tollé pour avoir « comparé l'afflux de migrants en Europe à une grosse fuite d'eau » (AFP). Sa déclaration, était en réalité celle-ci : « C'est un peu comme la maison où il y a une canalisation qui se déverse dans la maison, elle se déverse dans la cuisine, et le type qui a réfléchi, il dit, attention, on va répartir la fuite, on va mettre une partie de la canalisation qui est dans la cuisine, on va la mettre aussi dans la salle à manger, puis dans le salon », etc.

Mercredi dernier, Paolo Gentiloni, ministre des Affaires étrangères italien, a fait la déclaration suivante : « Chiedere a Grecia e Italia di fare i compiti a casa sull’immigrazione sarebbe come dire a Paesi colpiti da un alluvione di accelerare la produzione di ombrelli » (demander à la Grèce et l'Italie de faire leurs devoirs sur l'immigration serait comme dire à des pays victimes d’une inondation d'accélérer la production de parapluies).

On note l’étroite parenté entre ces métaphores aquatiques, dirigées toutes deux contre l’attitude de la Commission européenne ou de pays européens et non contre les migrants eux-mêmes (que ni l’une ni l’autre ne désigne directement). On aurait pu s’attendre à ce que l’effet de la seconde soit encore plus fort car :
  1. Elle mentionne explicitement « un alluvione » alors que l’autre n’inclut même pas les mots « fuite d’eau ».
  2. Elle émane d’un ministre en exercice, directement impliqué dans la question des migrants, et non d’un chef de parti.
  3. Elle a été publiée sous forme d’un entretien officiel avec le Corriere della Sera, l’un des principaux quotidiens italiens, et non filmée à la sauvette dans une réunion de militants.
Pourtant, au contraire de celle de Sarkozy, la petite phrase de Gentiloni est passée presque inaperçue. Ce fait l’illustre bien, une petite phrase n’est pas tout entière dans son contenu : elle ne prospère que s’il y a alignement entre ce contenu, le contexte dans lequel elle intervient et la culture de ses lecteurs ou auditeurs. En l’occurrence, un aspect essentiel de cette culture pourrait bien être l’image de celui qui s’exprime. Et l’image de Paolo Gentiloni, passé de l’extrême-gauche au centre gauche (il est élu du Partito Democratico) via l’écologisme, est assurément très éloignée de celle de Nicolas Sarkozy.

Michel Le Séac’h
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Paolo Gentiloni à New York, le 18 juin 2015, photo Luca Marfe’, Flickr, CC-BY-2.0

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