mercredi 4 décembre 2019

« L’Otan est en état de mort cérébrale » et les petites phrases internationales d’Emmanuel Macron

Les lycéens de bonne famille se dévergondent lors de leurs premiers séjours à l’étranger. Le cliché vaudrait-il aussi pour un jeune président ? Parmi les petites phrases les plus retentissantes d’Emmanuel Macron, plusieurs ont été prononcées hors de la métropole, notamment

en Algérie (« la colonisation est un crime contre l’humanité »),
au Danemark (« le Gaulois réfractaire au changement »),
en Roumanie (« les Français détestent les réformes »),
aux États-Unis (« présentez-moi une femme qui a décidé d'avoir sept,huit ou neuf enfants »),
à Mayotte (« le kwassa-kwassa ramène surtout du Comorien »).

Parler à la presse étrangère, fût-ce depuis l’Élysée, pourrait provoquer aussi une désinhibition. La dernière saillie présidentielle en date, « l’Otan est en état de mort cérébrale » a fait le titre d’un entretien publié le 7 novembre par The Economist. Lieu du décès : la Syrie, dont les États-Unis se sont retirés sans coordination avec leurs partenaires de l’Alliance et où la Turquie, membre de l’Otan, se livre à une « agression » pas davantage coordonnée.

Un titre de The Economist est toujours remarqué à l’étranger. Toute la presse française a cité celui-là, presque toujours en le simplifiant, quitte à le déformer un peu. L’hebdomadaire britannique avait titré : « Emmanuel Macron warns Europe: NATO is becoming brain-dead ». Il aurait donc été plus juste de traduire par : « L’Otan va vers la mort cérébrale ».

Il n’est de petite phrase qu’en fonction d’un public. L’état de l’Otan n’a guère ému l’opinion française. En revanche, on vient de le voir au sommet de Londres, les chefs d’États membres de l’Alliance en ont été marqués et l'ont fait savoir. MM. Trump et Erdogan ne se voient pas dans le rôle des parents de Vincent Lambert. Ils ont réagi envers Emmanuel Macron, toutes proportions gardées, comme l’avaient fait les Français face à « je traverse la rue, je vous trouve du travail » ou au « Gaulois réfractaire ».

Emmanuel Macron doit-il pour autant éviter de s’exprimer en anglais ? Non : sa plus belle réussite en matière de petite phrase reste quand même « Make our planet great again ».

Michel Le Séac’h

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Illustration : MM. Trump et Macron en 2017, extrait d’une photo de Shealah Craighead pour la présidence des États-Unis, domaine public, via Wikimedia Commons

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