25 janvier 2022

« Stupid son of a bitch » : Joe Biden se lâche… une fois de plus

On vantait la pondération de Joe Biden face à Donald Trump. Ce lundi, hélas, le président américain a publiquement insulté un journaliste de Fox News, Peter Doocy, qui lui posait une question dérangeante. Il l’a traité de « stupid son of a bitch », soit à peu près « stupide fils de pute ». Et face caméra, en plus, ce qui a permis à la vidéo de faire le tour du monde !

Joe Biden croyait son micro coupé, suggère la presse bienveillante, y compris en France. De toute évidence, il n’en était rien puisqu’il venait de répondre à la question posée ; il a ajouté l’injure comme une réflexion entre ses dents, mais audible ! Libération rapproche l’incident du « les non-vaccinés, j’ai très envie de les emmerder » d’Emmanuel Macron et plaisante sur le syndrome Gilles de La Tourette.

La pondération de Joe Biden tranche avec le caractère émulsif de son prédécesseur. Mais ce pondéré est depuis longtemps qualifié, y compris par lui-même[i], de « machine à gaffes » (blunder machine). « Deux cents millions d'Américains sont morts du covid-19 », lâchait-il par exemple en septembre 2020, pendant sa campagne présidentielle. Avant d’affirmer, le mois suivant : « Nous avons mis en place, l’organisation de fraude électorale la plus grande et la plus complète dans l’histoire de la politique américaine. » (Comment s’étonner que tant d’Américains croient l’élection truquée, si même le président le dit ?)

Il avait fait encore mieux lors des primaires démocrates pour l’élection présidentielle de 2008. À propos de son adversaire Barack Obama, encore peu connu à l’époque, il avait déclaré : « Voilà le premier Afro-Américain ordinaire qui soit éloquent, brillant, propre et sympathique » (« you got the first mainstream African-American who is articulate and bright and clean and a nice-looking guy »)[ii]. Obama, magnanime, avait accepté ses excuses : entre eux, le match était plié avant d’avoir commencé. Et Biden était finalement devenu le vice-président d’Obama.

Bidenisms

Il n’avait pas molli quand leur ticket avait été candidat à sa réélection en 2012. Dans un discours de campagne, il s’était référé à une petite phrase célèbre du président Theodore Roosevelt : « Parle doucement et munis-toi d’un gros bâton » (« speak softly and carry a big stick »). Et il avait ajouté, parlant d’Obama : « Je vous promets que le président a un gros bâton » (« I promise you the President has a big stick »). La connotation sexuelle de la promesse avait provoqué l’hilarité des spectateurs[iii]. Et Obama avait été réélu.

Parmi les nombreux livres consacrés au 46ème président des États-Unis, une dizaine portent expressément sur ses bévues, les bidenisms. Ils en répertorient jusqu’à quatre cents.

Bref, business as usual ? L’incident est clos, dit Peter Doocy, qui a reçu un coup de fil du président un peu plus tard : « J’apprécie que le président ait pris deux ou trois minutes ce soir pour m’appeler et régler le problème. »

Enseignements induits

L’incident a toutefois illustré le rôle militant que la presse peut jouer dans la gestion de l’après-petite phrase. Le New York Times a brièvement rendu compte de l’incident et a aussitôt rebondi sur une liste de « méfaits » du camp républicain. Dont un commentaire négatif de George Bush à propos d’un journaliste de son époque, devant un micro resté ouvert, en 2020. Et bien entendu quelques épithètes de Donald Trump (« disgrace », « loser »…), pas trop difficiles à dénicher.

Peut-être aussi constatera-t-on avec le recul du temps qu’une petite phrase peut en cacher une autre. Voici l’échange exact entre Peter Doocy et Joe Biden :

‑ Do you think inflation is a political liability going into the midterms ? (« Considérez-vous l’inflation comme un handicap politique à l’approche des élections de mi-mandat ? »)
‑ No, it's a great asset. More inflation. You stupid son of a bitch. (« Non, c’est un gros atout. Davantage d’inflation. Stupide fils de pute. »)

L’insulte a détourné l’attention de l’inflation. Joe Biden venait de subir sans broncher les questions d’autres journalistes sur la situation en Ukraine. Mais ce qui l’a fait sortir de ses gonds est une question sur l’économie.

Michel Le Séac’h

Illustration : extrait d’une vidéo Fox News, https://www.youtube.com/watch?v=4fiQhGjC0cs


[i] Aahmer Madhani et Stephen Gruber-Miller, « Joe Biden is a self-described 'gaffe machine.' So far, Democratic voters don't seem to mind », USA Today, 6 septembre 2019, https://eu.usatoday.com/story/news/politics/elections/2019/09/06/2020-democrats-joe-biden-prone-gaffes-but-doesnt-seem-voters-care/2225251001/, consulté le 23 juillet 2021.

[ii] Xuan Thai et Ted Barrett, « Biden's description of Obama draws scrutiny », CNN, 9 février 2007, consulté le 23 juillet 2021.

[iii] « Biden assures voters Obama "has a big stick" », CBS, 27 avril 2012. Voir https://www.youtube.com/watch?v=rrmbsKW0d7c, consulté le 23 juillet 2021.

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