samedi 22 août 2015

« Il y aura des baisses d’impôts quoi qu’il arrive » : la petite phrase déconditionnalisée de François Hollande

François Hollande avait choisi avec soin son moment et sa mise en scène en donnant à Francis Brochet et Pascal Jalabert un entretien pour le Groupe EBRA, premier groupe français de presse régionale (Le Dauphiné Libéré, Le Progrès…), le 18 août. En ce jour de conseil des ministres de rentrée, la vie politique reprenait, mais elle n’était pas encore saturée par les universités d’été des partis. Le chef de l’État était certain que ses déclarations auraient un impact maximum. De fait, elles ont été abondamment reprises, citées et commentées.

« Le président Hollande va probablement
ponctuer l'intervalle qui nous sépare du
scrutin de décembre de petites phrases
dignes d'une vraie ‘câlinothérapie’
» --
Jean-Yves Archer, tribune FigaroVox
Et en particulier ce passage : « Après une première baisse de la fiscalité en 2014 qui a concerné plus de 3 millions de ménages, elle est plus importante en 2015, puisque neuf millions de foyers fiscaux sont concernés. Si la croissance s’amplifie en 2016, nous poursuivrons ce mouvement car les Français doivent être les premiers bénéficiaires des résultats obtenus. » Ces deux phrases étaient mises en valeur : presque seules, elles étaient reprises dans l’extrait de l’entretien publié sur les sites web du Groupe EBRA. Le titre de l’article (« Si la croissance s’amplifie, nous baisserons les impôts en 2016 »), certainement validé par l’Élysée, était construit sur elles.

Pas de « si » dans les petites phrases

La réorientation du discours présidentiel de la baisse du chômage (mot qui ne figure pas dans l’entretien) vers la baisse de la fiscalité, peut-être davantage à la portée du gouvernement, était évidemment un fait majeur. Mais les deux phrases ci-dessus n’avaient aucune chance de marquer les esprits. D’abord, elles étaient deux, c’est une de trop. Elles contenaient au moins trois idées (impôts, croissance, nombre de bénéficiaires), c’est deux de trop. Et surtout, y figurait le mot « si ».

Les petites phrases conditionnelles sont rarissimes. Qu’on songe aux mots historiques : on n’en trouvera guère qui incluent la conjonction « si » ou un verbe au conditionnel (« Se non e vero e ben trovato »* ne fait pas vraiment exception !). Les petites phrases ont une valeur heuristique ici et maintenant, pas dans l’avenir. Le message implicite d’une phrase comme « les impôts baisseront si… » n’est pas que les impôts baisseront peut-être demain mais que François Hollande fait des promesses hasardeuses aujourd'hui. Et ça n’a pas manqué. « François Hollande promet de nouvelles baisses d'impôts, si… » a titré, par exemple, La Dépêche du Midi.

Du gros son pour tes oreilles

Peut-être les communicants de l’Élysée ont-ils compris trop tard l’effet déplorable de ce « si ». Dès le lendemain, en tout cas, lors d’un déplacement dans l’Isère, François Hollande déclarait : « Il doit y avoir une croissance plus forte en 2016, il y aura donc, nous verrons quelle est l’ampleur, nous y travaillons, mais il y aura donc des baisses d’impôts quoi qu’il arrive en 2016. » Une phrase trop longue pour devenir une petite phrase, bien sûr, mais qui comporte un fragment détachable évident : « il y aura des baisses d’impôts quoi qu’il arrive en 2016 ».

Ce « quoi qu’il arrive » paraît trop forcé pour être fortuit. Il vise certainement à faire oublier le « si » par une affirmation appuyée, qui rompt avec la prudence verbale habituelle de François Hollande. Cette tactique peut-elle être efficace ? L’opinion retiendra-t-elle la promesse et non le doute ? « Quoi qu'il arrive t'auras du snip (snip) du gros son pour tes oreilles, du bon son pour qu'tu t'éveilles », scandaient les rappeurs du groupe Sniper dans la bande-son du film Taxi 4. Mais ils avertissaient aussi : « Quoi qu'il arrive c'est les mêmes effets pour les mêmes causes ».
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* Voir La petite phrase : D'où vient-elle ? Comment se propage-t-elle ? Quelle est sa portée réelle ? p. 187.

Photo François Hollande en 2012 : Toufik-de-planoiseWikimedia CommonsCC-BY-SA-3.0

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