mardi 29 novembre 2016

Martine Aubry déteste les petites phrases – du moins celles des autres

La plus récente condamnation des petites phrases vient d’où on ne l’attendait pas : « Les petites phrases, c’est ce que je déteste », a déclaré Martine Aubry ce week-end. Organisatrice à Bondy d’un Carrefour des gauches et de l'écologie, elle faisait allusion à une déclaration de Claude Bartolone : « Je souhaite que Valls participe à la primaire, je souhaite que Hollande participe à la primaire ».

Telle était alors la tension supposée entre les deux premiers personnages de l’État que cette prise de position du quatrième ne pouvait que compliquer la situation. Agacée, la maire de Lille a commenté : « Il a le droit de dire ce qu'il veut, chacun a son opinion, les petites phrases c’est ce que je déteste, voilà, je n'envoie jamais des scud contre les gens, je me bats sur des idées, voilà. »

Martine Aubry et Claude Bartolone.
Mais c'était en 2011...
Admettre la liberté de parole tout en la contestant dans le même mouvement, n’est-ce pas l’occasion d’invoquer ce précepte fameux : « Quand c’est flou, il y a un loup » ? Il est de Martine Aubry elle-même ! Circonstance aggravante, il était dirigé contre… François Hollande. Candidats à la primaire de la gauche avant l’élection présidentielle de 2012, tous deux venaient de s’affronter dans un débat. Martine Aubry poursuivait le débat par médias interposés. « Je ne veux pas être dans la dévalorisation, je n'ai pas besoin, moi, de dénigrer, de dévaluer, de dénoncer », avait répondu François Hollande, qui lui aussi « n’envoie jamais de scud ».

Ce loup n’est pas une petite phrase unique dans la bouche de Martine Aubry, classée l'an dernier au 11e rang de notre palmarès des personnages politiques associés à une petite phrase. D’elle, on retient aussi :

  • « Que M. Blondel m'explique enfin sa position sur les 35 heures, je ne la sens pas. » (1998)
  • « Quand Nicolas Sarkozy nous donne des leçons de maîtrise budgétaire, c'est un peu M. Madoff qui administre quelques cours de comptabilité. » (2010)
  • « Mais oui mais bon, elle est un petit peu impatiente la Ségolène. » (2011)
  • « Macron ? Comment vous dire… ras-le-bol. » (2015)
  • « Je ne suis pas Monsieur Estrosi, je prends mes responsabilités. » (2016)
Faut-il voir dans ces petites phrases des débats d’idées qui volent haut ou des « scud contre les gens » qui volent bas ? La question peut en tout cas se poser.

Michel Le Séac’h
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