Une autre formule paraît en revanche typique du discours d’ Emmanuel Macron : « l’esprit de défaite ». Avant même son élection, il l’a utilisée de manière significative dès le début de son débat télévisé du 3 mai 2017 avec Marine Le Pen. « Quel est votre état d’esprit à quelques jours du scrutin ? » demande Christophe Jakubyszyn, qui anime le débat avec Nathalie Saint-Cricq. Marine Le Pen répond la première. Quand vient le tour d’Emmanuel Macron, au lieu de répondre à la question, il attaque de front son interlocutrice : « Écoutez, vous avez donc démontré que vous n'êtes en tout cas pas la candidate de l'esprit de finesse, de la volonté d'un débat démocratique équilibré ouvert. » Puis, trois phrases plus tard : « La question qui est posée aujourd'hui à nos concitoyens c'est de savoir s'ils veulent l'esprit de défaite que vous portez, parce que ce que vous portez c'est l'esprit de défaite, c'est d'expliquer à nos concitoyens c'est trop dur la mondialisation, pour nous, c'est trop dur l'Europe donc on va se replier, on va fermer les frontières, on va sortir de l'euro, sortir de l'Europe parce que les autres y arrivent mais pas nous. » Au total, il utilise la formule quatre fois dans ce débat.
12 octobre 2026
« L’esprit de défaite », une formule fréquente chez Emmanuel Macron
Une autre formule paraît en revanche typique du discours d’ Emmanuel Macron : « l’esprit de défaite ». Avant même son élection, il l’a utilisée de manière significative dès le début de son débat télévisé du 3 mai 2017 avec Marine Le Pen. « Quel est votre état d’esprit à quelques jours du scrutin ? » demande Christophe Jakubyszyn, qui anime le débat avec Nathalie Saint-Cricq. Marine Le Pen répond la première. Quand vient le tour d’Emmanuel Macron, au lieu de répondre à la question, il attaque de front son interlocutrice : « Écoutez, vous avez donc démontré que vous n'êtes en tout cas pas la candidate de l'esprit de finesse, de la volonté d'un débat démocratique équilibré ouvert. » Puis, trois phrases plus tard : « La question qui est posée aujourd'hui à nos concitoyens c'est de savoir s'ils veulent l'esprit de défaite que vous portez, parce que ce que vous portez c'est l'esprit de défaite, c'est d'expliquer à nos concitoyens c'est trop dur la mondialisation, pour nous, c'est trop dur l'Europe donc on va se replier, on va fermer les frontières, on va sortir de l'euro, sortir de l'Europe parce que les autres y arrivent mais pas nous. » Au total, il utilise la formule quatre fois dans ce débat.
21 mai 2021
« L’art d’être Français » : Onfray tacle Macron
La conférence de presse présidentielle du 25 avril 2019 clôture solennellement le Grand débat national engagé après les troubles des « Gilets jaunes ». Un débat voulu par Emmanuel Macron pour tourner la page d’une période troublée. Cette conférence de presse est donc destinée à être un temps fort de son mandat. Plusieurs journaux qualifient la mise en scène de « gaullienne ».
Le chef de l’État
estime entre les lignes que le mouvement des Gilets jaunes est dû au moins en
partie à ses petites phrases. « Il y a des phrases que je regrette »,
assure-t-il. Et il affiche sa volonté de changer : « Je crois
que j'ai compris beaucoup de choses de la vie du pays. »
La première manifestation de cette volonté de changement est
lexicale. De la conférence de presse,
la presse retient avant tout une expression : « l’art d’être
Français ». C’est clairement le but recherché : elle figure pas moins
de quatre fois dans l’introduction d’Emmanuel Macron. Sibeth Ndiaye, qui
s’occupe alors de sa communication, la répète sur France Inter le lendemain.
Un concept insaisissable
Comme le note alors Arnaud Benedetti dans Atlantico, cet art d’être Français-là prolonge en fait l’expression « en même temps », familière à Emmanuel Macron. Ce que celui-ci confirme entre les lignes en expliquant :
L’art d’être Français c’est à la fois être enraciné et universel, être
attaché à notre histoire, nos racines mais embrasser l’avenir, c’est cette
capacité à débattre de tout en permanence et c’est, très profondément, décider
de ne pas nous adapter au monde qui nous échappe, de ne pas céder à la loi du
plus fort mais bien de porter un projet de résistance, d’ambition pour
aujourd’hui et pour demain.
Selon toute apparence, « l’art d’être Français » était destiné à servir
de devise au chef de l’État pour la suite de son mandat. Mais avec cette
définition alambiquée et ambiguë, « l’art d’être Français » est mal
parti. Les sarcasmes pleuvent. Le chef de l’État ne s’acharne pas. Il ne renonce pas totalement à l'expression, pourtant. En février 2020, à la veille du Salon international de
l’agriculture[i], il salue
une profession « qui participe à l’art d’être français » (on note
cependant la disparition de la majuscule à « français », au moins sur
le site d’En Marche).
La formule réapparaîtra-t-elle
au cours de la prochaine campagne présidentielle ? C’est à peu près exclu
désormais : Michel Onfray a publié hier un livre intitulé L’Art d’être
français[ii]. Il y écrit
ceci :
L'art d'être français fut une expression utilisée par un président de
la République française qui, paradoxalement, fit aussi savoir en son temps,
appelé à ne pas durer dans l'Histoire, qu'il y avait pas de culture française,
seulement des cultures en France...
Tout « art
d’être français » dans la bouche d’Emmanuel Macron deviendrait une
publicité pour un philosophe absolument pas « Macron-compatible ». La
cause est entendue.
Michel Le Séac'h
[i] Voir https://en-marche.fr/articles/actualites/agriculture-emmanuel-macron-1.
[ii] Michel Onfray, L’Art d’être français, Paris, Bouquins, 2021.
29 avril 2019
« L’art d’être Français » : une tentative de méta-petite phrase ?
Sa conférence de presse d’après Grand débat national, le 25 avril 2019, donne l’impression qu’il a intégré cette dimension – y compris dans une mise en scène souvent qualifiée de « gaullienne ». Dans son discours introductif, la presse a presque unanimement remarqué l’expression « l’art d’être Français ». C’était clairement un but recherché puisque le président l’a répétée pas moins de quatre fois.
Personne ne l’a qualifiée de « petite phrase » (hormis L’Express, qui y voit aussi une « formule poétique ») ; il lui manquait en tout cas, à ce stade, un contenu implicite largement compris. Cependant, Emmanuel Macron s’est ensuite attaché à lui conférer du sens :
La démarche rappelle celle du « Moi président » de François Hollande[1], sans la lourdeur de l’anaphore : il s’agit de faire entrer beaucoup de choses dans quelques mots. C’est la démarche du Credo. On pourrait parler de « méta-petite phrase » : un bouquet de contenus dans une formule concise.
Avec quelles perspectives de mémorisation ? L’élément de répétition est bien là, dans le discours présidentiel, dans la presse, dans les réseaux sociaux. Invitée du Grand débat de France Inter, Sibeth Ndiaye s’est aussi efforcée de faire tourner la formule le lendemain (« à travers ce que le président de la république a employé comme expression, l'art d'être Français, il y a au fond ce qui fonde notre volonté d'être de ce pays, de lui appartenir et de l'aimer »). En revanche, le contenu laisse probablement à désirer. Le Credo, comme d’autres méta-petites phrases qui ont réussi (« I have a dream »[2], « Yes we can »[3]…), exprime une vison homogène, cohérente. Or, comme l’a noté Arnaud Benedetti dans Atlantico, cet art d’être Français-là est « une traduction lexicale de la posture du “en même temps" ».
Ce qui n’a rien d’étonnant : Emmanuel Macron a de la suite dans les idées. Il le déclarait lui-même le 17 avril 2017[4] :
S’il a finalement renoncé à utiliser « en même temps », Emmanuel Macron entend sans doute lui donner un successeur plus sémillant dans sa forme mais tout aussi inaccessible à un cerveau normal dans son fond. « L’art d’être Français » a d’ailleurs provoqué les mêmes sarcasmes en ligne que le « en même temps ». Ses perspectives ne paraissent pas très solides.
Michel Le Séac’h


